Sothik de Marie Desplechin & Sothik Hok illustré par Tian

Biographie / Jeunesse

◊ Sothik de Marie Desplechin & Sothik Hok illustré par Tian ◊

◊ Editions L’école des loisirs 2016 ◊

Bonjour,

Je vous présente aujourd’hui un livre sur une page de l’histoire du Cambodge qui me tient à cœur et notamment durant la période sombre des Khmers rouges.

Quatrième de couverture :

« Sothik est né en 1967 dans un Cambodge en pleine tourmente. Il a trois ans, quand la guerre civile fait rage, huit ans quand les Khmers rouges prennent le pouvoir. Du jour au lendemain, tout change. L’argent est aboli, les livres sont détruits, la religion interdite, la propriété privée n’existe plus. Sothik et sa famille doivent quitter leur maison en laissant tout derrière eux et prouver sans cesse leur obéissance au nouveau régime. Mais cela ne suffit pas ! Les Khmers rouges décident brutalement d’enlever les enfants à leurs parents afin de mieux les éduquer. Sothik rejoint un groupe d’enfants de son âge. La famille n’existe plus, la terreur et la famine s’installent…»

Mon avis :

C’est la seconde biographie que j’ai lu sur cette période de l’histoire. La première était la Déchirure de Christopher Hudson qui a été adapté au cinéma. J’avais 15 ans lorsque je l’avais lu, j’ai été bouleversé par tant la violence mais aussi la folie d’une idéologie.

J’avais envie de connaître l’histoire de mes origines et de ma famille. J’ai toujours écouté attentivement la version de mes proches, des récits poignants mais je pense qu’on m’a toujours épargné de nombreux détails. J’ai voulu découvrir par moi-même les raisons de ce déchaînement d’horreur conduisant à un génocide faisant plus trois millions de victimes.

J’ai apprécié que l’autrice Marie Desplechin nous parle de sa rencontre avec Sothik, les raisons pour lesquelles elle a voulu écrire cette histoire.

« J’ai travaillé à ce livre en pensant aux jeunes lecteurs cambodgiens dont les familles ont tant souffert, et à tous les enfants de par le monde qui sont aujourd’hui prisonniers de tyrannies folles et cruelles, dont le pouvoir repose sur l’ignorance, la peur, la violence et la faim »

Sothik est la biographie d’un jeune Cambodgien qui a grandi pendant le régime Khmers rouges. La particularité de cette histoire est qu’elle est racontée par l’œil d’un enfant, Sothik. On sens l’innocence dans la description et parfois de l’incompréhension ce qui est normal. Il y a aussi beaucoup de recul, c’est aussi une façon de se protéger de ces atrocités et être maître de sa réflexion.

Sothik et sa famille sino-khmers vivaient à Kompong Cham, une province entre Phnom Penh et Siem Reap, son enfance de Sothik est marquée par la guerre, les bombardements et la peur constante de mourir.

« Entre 1969 et 1973, les bombardiers américains y déversent plus de deux millions de tonnes de bombes »

J’ai aimé que le récit introduit le contexte de cette guerre et ne balance pas les Khmers Rouges comme la cause et la conséquence. La montée au pouvoir de Pol Pot est la conséquence de la lutte des pouvoirs entre l’armée des Etats-Unis et les Vietnamiens communistes. Ces derniers passent la frontière pour se réfugier au Cambodge et c’est le peuple cambodgien qui subit les conséquences de ces tirs. Les cambodgiens sont exténués d’une guerre qui n’est pas la leur. En colère que le gouvernement soutenu par les américains représenté par le général Lon Nol ne font rien pour changer la situation. Les cambodgiens sont de plus en plus réceptifs à la propagande des révolutionnaires communistes cambodgiens. Aux yeux du peuple, ces communistes les représentent car cette armée sont des paysans, des soldats de campagnes qui pourraient rendre une société sans injustice et égalitaire.

Le 17 avril 1975, les soldats khmers rouges entrent dans la capitale, c’est l’exode forcée des habitants vers les campagnes pour les travaux forcées. L’argent n’existe plus, plus de propriétés, plus de biens…

L’enfer commence dans les campagnes, les familles sont séparées, déchirées, affamées. On apprend à se méfier des uns et des autres, à surveiller son voisin, et même de ses propres enfants.

J’ai trouvé tellement bouleversant, la force qu’on eu les personnes à se battre pour leur survie, à leurs risques et périls. Se mettre en danger pour sauver un proche ou bien trouver à manger pour nourrir sa famille.

Selon le slogan révolutionnaire :

« Vous garder en vie ne nous rapporte rien, vous supprimer ne nous coûte rien »

A tout moment, et selon le bon vouloir des soldats, la vie ne tenait qu’à un seul fil. Chaque fait, chaque geste pouvait conduire à la mort.

« La peur, l’ignorance et la stupidité sont devenues plus que des règles d’existence : la condition de la survie »

Malgré toutes ces atrocités, la terreur que font face les personnages, il y a cet espoir, ce courage de se dire qu’il faut continuer à rester en vie.

Le mot de la fin de Sothik :

« Sans chercher à oublier le passé, je suis obligé de vivre dans le présent et pour l’avenir. Si j’y parviens, c’est peut-être que les douleurs, quelles qu’elles soient, sont plus faciles à guérir chez un enfant que chez un adulte en tous cas, c’est ce que je me dis »

Sa réflexion est tellement empreint de sagesse et de beauté. Pourtant quel que soit l’âge, personne ne devrait être confronté à tant de cruauté. En général, dans la communauté  cambodgienne, les personnes sont très peu loquaces de cette période de leur vie. Surtout la génération des grands-parents, j’ai l’impression que c’était une autre vie pour eux, qu’elle n’a jamais existé. La seule chose que je vois c’est leur sourire mais derrière celui-ci, une grande partie de leur existence a été occupé par la peur et la survie. J’envie cette force qu’ils ont et je les ai toujours admiré pour ça.

Pour conclure,  l’histoire est poignante et touchante. Il est tellement important de partager ces histoires, il y a des vies, des vrais personnes derrières ces récits. En aucun cas, il ne faut les oublier et éviter que cela recommence. Le livre est accessible aux plus jeunes et aux moins jeunes, il comprends qu’une centaines de pages.

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